J'accompagne mon fils à la messe depuis peu. Un choix que nous avons fait, sa mère et moi, sans trop savoir pourquoi, je crois. Pendant l'office, j'égraine les quelques souvenirs de prières et de déclarations de foi qui me sont restés, encore une fois sans trop savoir pourquoi ou comment.
Aujourd'hui, il a été une nouvelle fois fait mention de la Bonne Nouvelle : Dieu nous aime et cette « réalité » ne devrait plus rester cachée... Mots d'un autre siècle, fariboles, succédant à d'autres fariboles, formant le tissu d'une habitude qui n'a d'autre nom que la lâcheté de celui qui répète pour avoir l'air de faire comme les autres, qui veut démontrer sa normalité par sa docilité. Confusément, il sait que ces mots sont aussi creux pour tous ceux qui l'entourent, qui se bercent eux aussi de notre lâcheté à nous, pour justifier la leur. Ce langage ancien entraverait presque la foi. Et pourtant, la simplicité et la bienveillance des officiants m'incite à ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain.
Se sentir aimé à tous moments, s'autoriser à aimer coûte que coûte. Ce ne sont pas choses faciles à rejeter d'un revers de la main...
Et l'office reprend son cours : « Les temps étaient durs à l'époque, dans ce pays occupé, où l'impôt levé par les romains entravait lourdement la vie quotidienne des juifs. Et par-dessus tout, cette question qui les lancinait : Dieu nous a-t-il abandonnés ? … »
Dieu muet, absent, incapable d'aimer finalement. Dieu, et dont le silence déploie un tapis rouge pour toutes les injustices que perpètrent les puissants sur les faibles. Mais Dieu nous a-t-il abandonnés ?
La réponse est non, bien sûr, puisque qu'il envoie Jésus, son autre Lui-même sur nos terres, pour que nous en fassions ce que bon nous semble - et en l'occurrence l'assassiner. Et, pour cette question qui surgit si souvent durant nos existences, une unique réponse fut fournie autrefois, qui n'aura plus jamais d'autre écho : ta foi rejoindra celle que tu concèdes cette histoire ou à cette explication.
Mais changeons de sujet et prenons les mots de Georges Bernanos :
« La plus haute incarnation militaire du passé, celle du soldat-laboureur de l'ancienne Rome, ils l'ont comme effacée de l'histoire. Oh ! Sans doute, ils n'étaient ni tous justes, ni purs. Ils n'en représentaient pas moins une justice, une sorte de justice qui depuis les siècles des siècles hante la tristesse des misérables ou parfois remplit leur rêve. Car enfin, la justice entre les mains des puissants n'est qu'un instrument de gouvernement comme les autres. Pourquoi l'appelle-t-on justice ? Disons plutôt l'injustice, mais calculée, efficace, basée tout entière sur l'expérience effroyable de la résistance du faible, de sa capacité de souffrance, d'humiliation et de malheur. L'injustice maintenue à l'exact degré de tension qu'il faut pour que tournent les rouages de l'immense machine à fabriquer les riches sans que la chaudière n'éclate... ».
Les choses ci-dessus sont connues de tous... mais pourquoi l'homme de droite marie-t-il sa vie aux valeurs morales de cette religion qui met indiscutablement les riches au banc des accusés ? Par quelle magie de la Contradiction fallait-il se mettre aux pieds un tel boulet ?
Pour redorer le blason d'un être tenté par la protection de ses seuls intérêts ? Cela supposerait une hypocrisie et un masochisme, autrement dit une injure stérile. Il faut chercher une autre idée.
Parce que, l'homme de droite ne pense à rien d'autre qu'à être fidèle à ses racines, comme on l'est à ses habitudes, et à son passé, un passé où l'Eglise - incidemment - agissait souvent en intelligence avec ses pairs de pouvoir exécutifs temporels.
Ca résiste, hein ? On a du mal à accepter ? En tout cas, c'est particulièrement malveillant à l'égard des droitiers. Mais pour cynique qu'elle soit, comment envisager les choses autrement ? En tout cas, c'est mon humeur du jour : l'homme de droite laisse les autres croire en Dieu, participe au mouvement et va à la messe, mais surtout, surtout, ne pense à rien de tout cela dans la vie courante, et in petto, va jusqu'à trouver géniale l'idée d'exercer la meilleure et la plus impitoyable des Justices, pourvu que le procès ait lieu après la mort des acteurs.
Il montre l'exemple et chaperonne les moins riches que lui, en participant activement à leur éducation religieuse pour mieux contrôler leurs plaisirs, et s'assurer qu'ils en aient bien peu, en tout cas pas plus que lui, lui qui, pour devenir riche, s'inflige les angoisses et les privations causées par son constant effort mortifère de thésaurisation.
La fraternité jamais mise en oeuvre, la miséricorde, le pardon jamais accordés, et de partage aucunement : si un enfant venait à lui sommer de s'expliquer sur ces contradictions, en dernière instance, il invoquera pour une fois la complexité du monde, la responsabilité individuelle (il connait), et si l'enfant insiste, alors en toute dernière extrémité, il trouvera refuge dans l'exemple de son voisin, qui lui aussi, va à la messe. Et aujourd'hui, c'est moi.
Et finalement, alors, pourquoi ces prêtres sourient-ils si sereinement ?
dimanche 10 janvier 2010
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