dimanche 30 mai 2010

Homo diplodocus

Nous allons faire des suppositions, parce que hein, je n'ai pas trop envie de rechercher sur le web les éléments qui ne manqueraient pas d'y figurer. Mettons que depuis 50 ans la taille moyenne de l'homme se soit accrue de 8 cm, soit environ 4%. Et puis on va supposer que cet accroissement de taille constant et linéaire.
A ce rythme, combien de temps faudrait-il pour qu'il mesure le double de sa taille (ça va être difficile de passer les portes, n'est-ce pas ?) --> et bien 16 fois 50 ans soit 800 ans. Rigolo. Et pour qu'il atteigne 10 m de haut ? 2000 ans. Pas grand chose finalement, non ?
Je crois qu'il y a quelque chose à propos des phénomènes d'accroissement illimité qui me relance et que je relance.

lundi 15 février 2010

Aliénations de l'homme de droite et de l'homme de gauche

On a vu plus bas que je me posais la question de savoir comment des valeurs morales opposées pouvaient cohabiter chez ce que j'appelle l'homme de droite, et plus particulièrement ses valeurs religieuses vis à vis de son avidité.

Pour aller un peu plus loin, cet antagonisme me parait tellement évident, tellement présent, que je pense qu'on peut aller jusqu'à supposer qu'il est partie prenante de l'équilibre de l'individu droitier,et ceci sans même aller jusqu'à supposer qu'il y ait un jeu de manipulation à l'intention des autres, comme ce pourrait être le cas pendant sa pratique religieuse, observée dans sa paroisse. Cet écartèlement - par le fait qu'il est conscient - débouche forcément sur une forme de perversité ou sur une désagrégation morale telle que par contre coup, tout devient possible, tout et son contraire. Je peux pratiquer l'égoïsme et professer l'altruisme. Je suis libre.

L'homme de gauche, lui, au contraire, ne peut se défaire de son honnêteté ou du filtre de l'observation de sa propre morale dans ses actions. Il ne peut "bouger" que pour étendre le champ de sa pratique morale ou en la pratiquant avec plus d'ascèse, pour tenter d'atteindre une forme de perfection. Fils de sa morale, il en est le prisonnier. Il en devient prévisible. D'où sa révolte, et la couleur de son rapport au monde, ou pour être plus précis, ou pour recouper ce qui a été dit plus bas, son indignation récurrente, sa fébrilité.

Il a pourtant à son actif une cohérence et une honnêteté bien plus considérable que le droitier qui abandonne sa propre morale quand ses intérêts le lui réclament. Cette cohérence lui permet d'accéder à une densité humaine plus importante. Mais cela ne va pas sans quelques devoirs de constance, une inlassable étude du monde, comme s'il lui en revenait la responsabilité à lui seul. Dans les yeux des uns cette densité se sera bâtie sur un beau mensonge orgueilleux qui confine au pathétique, tandis que dans les yeux des autres, elle sera synonyme de dignité, et d'humanité véritable.

vendredi 22 janvier 2010

Licencieuse est le mot valise pour licence silencieuse

Partons du débat en cours actuellement à propos de la rémunération des artistes dans le contexte actuel de piratage des contenus culturels.
1 / La loi Hadopi vise essentiellement à interdire le piratage pour protéger les revenus des artistes.
2 / La licence globale prendrait acte d'une impossibilité de contrôle des dits téléchargements et accompagnerait le mouvement avec la taxation à titre forfaitaire des actes de téléchargements, un peu comme la taxe audiovisuelle en vigueur actuellement.

La loi Hadopi n'est pas réaliste à plusieurs titres : la riposte graduée transforme des opérateurs commerciaux en agents coercitifs de l'Etat, et d'autre part, "la riposte", même dans sa première forme, est immédiatement disproportionnée.

La licence globale n'est pas acceptable, d'après ce que j'ai compris, du fait de la somme considérable à demander aux internautes pour couvrir l'ampleur de leurs piratages. D'autre part, la protection des oeuvres ou le contrôle des téléchargements s'étend en pratique à d'autres propriétés intellectuelles, comme le logiciel qui fait les frais du piratage au même titre que les oeuvres culturelles.

Comment pourrait-on posséder une musique ? Avec la galette DVD/CD, on achète un droit personnel à la consommation d'un bien culturel, de façon illimitée, ou plutôt à concurrence de la validité du support. (Petite digression pour indiquer qu'une numérisation [légale dans un cadre privé] d'un bien culturel permet de s'affranchir significativement de la durée de vie du support, mais je ferme la parenthèse). Comment dire ? Ce choix unique offre trop. Bien souvent, je n'en veux pas autant. On voit bien qu'en raisonnant "marchandise", on brasse les paramètres commerciaux et techniques d'un autre âge. Ca n'a pas grand sens, à partir du moment où les outils pour l'accès quasi immédiat à toute les musiques existent et que leur usage est décentralisé/dématérialisé. On peut sérieusement imaginer les choses autrement aujourd'hui.

Quand je vais au concert, les chansons ne sont jouées qu'une fois. En fait je paie un spectacle vivant pour une prestation unique. D'autre part, je constate que les as du piratage sont parfois tellement avides que bien souvent , ils n'ont même pas le temps de consommer le produit de leur piratage, ou dans le « meilleur » des cas « une fois, pour essayer » avant d'abandonner le fruit de leur larcin sur leur disque dur.
A partir de ces deux réflexions, il m'est apparu que le plus juste consisterait à taxer les usages réels des enregistrements de ces produits/contenus. Pourquoi, en effet, taxer à même hauteur une personne qui aura écouté une chanson une fois autant que quelqu'un qui se la mettra en boucle ?
Bien sûr, les outils de « contrôle » de ces consommations ponctuelles n'existent pas encore, et j'imagine immédiatement que bien des gens n'en voudraient pas une seule minute pour des raisons de respect de liberté individuelle... Quand je vais acheter des oranges, c'est pourtant public...mais bon.

Les avantages de la solution sont pourtant très nombreux : très réparties, mais toutes comptabilisées, les consommations ne pourraient pas être très onéreuses (1€ la chanson aujourd'hui, c'est encore beaucoup, alors que 3 centimes l'audition d'une chanson paraît plus acceptable – l'abonnement chez Deezer ou Music Me est à 10€/mois). L'accès à de nouveaux programmes musicaux ne ferait plus l'objet d'aucune restriction à ce fameux droit d'accès forfaitaire qu'est actuellement l'achat d'un CD ou un DVD, ainsi les artistes, tous les artistes seraient traités à égalité.

Mais ce que j'aime le plus c'est l'idée qu'une personne a une limite de consommation fixée. Celle de sa journée. Elle ne fera jamais plus de 24h, pas plus que la terre ne grossira. La personne, la terre sont des ressources finies.
A défaut de révolution, la licence globale est la direction qu'empruntent discrètement les ayants droit à travers les offres forfaitaires de Deezer ou Music Me. C'est déjà ça, non ?

dimanche 10 janvier 2010

En allant sur le web

Je ne sais plus à quelle occasion j'ai traversé une grille de programme, où j'ai trouvé le synopsis d'un épisode de "Candy". Tout cela fleurait bon l'ORTF, mais je me suis dit que sa représentation sous les traits d'une fillette n'était probablement pas la plus pertinente qui soit, la sagesse populaire voulant qu'on la représente plutôt sous les traits d'un raton.
Candy raton.
Désolé.

Mous de la messe

J'accompagne mon fils à la messe depuis peu. Un choix que nous avons fait, sa mère et moi, sans trop savoir pourquoi, je crois. Pendant l'office, j'égraine les quelques souvenirs de prières et de déclarations de foi qui me sont restés, encore une fois sans trop savoir pourquoi ou comment.
Aujourd'hui, il a été une nouvelle fois fait mention de la Bonne Nouvelle : Dieu nous aime et cette « réalité » ne devrait plus rester cachée... Mots d'un autre siècle, fariboles, succédant à d'autres fariboles, formant le tissu d'une habitude qui n'a d'autre nom que la lâcheté de celui qui répète pour avoir l'air de faire comme les autres, qui veut démontrer sa normalité par sa docilité. Confusément, il sait que ces mots sont aussi creux pour tous ceux qui l'entourent, qui se bercent eux aussi de notre lâcheté à nous, pour justifier la leur. Ce langage ancien entraverait presque la foi. Et pourtant, la simplicité et la bienveillance des officiants m'incite à ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain.

Se sentir aimé à tous moments, s'autoriser à aimer coûte que coûte. Ce ne sont pas choses faciles à rejeter d'un revers de la main...

Et l'office reprend son cours : « Les temps étaient durs à l'époque, dans ce pays occupé, où l'impôt levé par les romains entravait lourdement la vie quotidienne des juifs. Et par-dessus tout, cette question qui les lancinait : Dieu nous a-t-il abandonnés ? … »
Dieu muet, absent, incapable d'aimer finalement. Dieu, et dont le silence déploie un tapis rouge pour toutes les injustices que perpètrent les puissants sur les faibles. Mais Dieu nous a-t-il abandonnés ?
La réponse est non, bien sûr, puisque qu'il envoie Jésus, son autre Lui-même sur nos terres, pour que nous en fassions ce que bon nous semble - et en l'occurrence l'assassiner. Et, pour cette question qui surgit si souvent durant nos existences, une unique réponse fut fournie autrefois, qui n'aura plus jamais d'autre écho : ta foi rejoindra celle que tu concèdes cette histoire ou à cette explication.
Mais changeons de sujet et prenons les mots de Georges Bernanos :

« La plus haute incarnation militaire du passé, celle du soldat-laboureur de l'ancienne Rome, ils l'ont comme effacée de l'histoire. Oh ! Sans doute, ils n'étaient ni tous justes, ni purs. Ils n'en représentaient pas moins une justice, une sorte de justice qui depuis les siècles des siècles hante la tristesse des misérables ou parfois remplit leur rêve. Car enfin, la justice entre les mains des puissants n'est qu'un instrument de gouvernement comme les autres. Pourquoi l'appelle-t-on justice ? Disons plutôt l'injustice, mais calculée, efficace, basée tout entière sur l'expérience effroyable de la résistance du faible, de sa capacité de souffrance, d'humiliation et de malheur. L'injustice maintenue à l'exact degré de tension qu'il faut pour que tournent les rouages de l'immense machine à fabriquer les riches sans que la chaudière n'éclate... ».

Les choses ci-dessus sont connues de tous... mais pourquoi l'homme de droite marie-t-il sa vie aux valeurs morales de cette religion qui met indiscutablement les riches au banc des accusés ? Par quelle magie de la Contradiction fallait-il se mettre aux pieds un tel boulet ?
Pour redorer le blason d'un être tenté par la protection de ses seuls intérêts ? Cela supposerait une hypocrisie et un masochisme, autrement dit une injure stérile. Il faut chercher une autre idée.
Parce que, l'homme de droite ne pense à rien d'autre qu'à être fidèle à ses racines, comme on l'est à ses habitudes, et à son passé, un passé où l'Eglise - incidemment - agissait souvent en intelligence avec ses pairs de pouvoir exécutifs temporels.
Ca résiste, hein ? On a du mal à accepter ? En tout cas, c'est particulièrement malveillant à l'égard des droitiers. Mais pour cynique qu'elle soit, comment envisager les choses autrement ? En tout cas, c'est mon humeur du jour : l'homme de droite laisse les autres croire en Dieu, participe au mouvement et va à la messe, mais surtout, surtout, ne pense à rien de tout cela dans la vie courante, et in petto, va jusqu'à trouver géniale l'idée d'exercer la meilleure et la plus impitoyable des Justices, pourvu que le procès ait lieu après la mort des acteurs.
Il montre l'exemple et chaperonne les moins riches que lui, en participant activement à leur éducation religieuse pour mieux contrôler leurs plaisirs, et s'assurer qu'ils en aient bien peu, en tout cas pas plus que lui, lui qui, pour devenir riche, s'inflige les angoisses et les privations causées par son constant effort mortifère de thésaurisation.
La fraternité jamais mise en oeuvre, la miséricorde, le pardon jamais accordés, et de partage aucunement : si un enfant venait à lui sommer de s'expliquer sur ces contradictions, en dernière instance, il invoquera pour une fois la complexité du monde, la responsabilité individuelle (il connait), et si l'enfant insiste, alors en toute dernière extrémité, il trouvera refuge dans l'exemple de son voisin, qui lui aussi, va à la messe. Et aujourd'hui, c'est moi.

Et finalement, alors, pourquoi ces prêtres sourient-ils si sereinement ?