lundi 14 septembre 2009

Des animaux et des hommes

Une fois acculés ou menacés, de petits animaux peuvent s'attaquer à de plus gros ou de plus puissants qu'eux. Dans quelle mesure le fait que le produit du travail ne puisse aucunement rattraper l'importance des gains du capital ne constitue-t-il pas une menace susceptible de transformer l'homme en un animal acculé ?

Mais comme cette menace aurait dû s'exercer depuis ... au moins la révolution industrielle, on se rend compte combien l'homme respecte les animaux dominants de son troupeau, ou bien qu'il est plus apte à la doléance ou à la cécité qu'à la prise en main de son destin.

vendredi 11 septembre 2009

Un discours définit toujours un plan



Il en va d'un discours oral comme d'un écrit, ils se déroulent toujours de façon cursive, mais il est utile de pouvoir se les représenter comme un plan. Comme un drap tendu. La multiplicité des sens que portent les mots, leurs persistances dans nos mémoires à court terme, leurs échos sonores transforment le fil d'une pensée en une maille. Leurs interactions tissent des liens secrets parfois, et toujours particuliers selon les récepteurs.
Sur la surface de ce drap tendu, on glisse des mots comme autant de billes ou d'objets que le tissu accueillera, et dont la pesanteur imprimera, ici et là, une forme particulière à la trame. Un imparfait du subjonctif déposé au milieu d'un récit contemporain pèsera comme le rouge corallin d'une fleur de coquelicot au milieu d'un champ de blé. Ainsi une légère rupture, une incongruité lexicale pourront attirer l'attention du lecteur, même à son insu, pour débuter un autre discours, montrer d'autres images et former d'autres sens.



Ces excroissances ou ces rugosités sont donc autant de ferments pour les distorsions de sens, les contrepieds, l'incompréhension. Mais aussi déformés ou imagés qu'ils soient, c'est bien la forme de nos discours qui permettent leur mutation dans l'esprit de celui qui les reçoit, créant en cela une évolution, érigeant la potentialité d'une transmission nouvelle, porteuse d'une nouvelle vigueur ou d'une dégénérescence, aux hasards de nos auditeurs ou de nos lecteurs.

Ce à quoi, je rajoute que c'est grâce à Bart qui m'a fait lire dans "Les fruits d'or", de Nathalie Sarraute, que ces ides me sont venues. Citons la donc, c'est mieux :
"Comme ces grosses fleurs disséminées avec art qui dressent leurs pétales rigides et épais sur un gazon impeccablement tondu, soyeux et dru, un long et lourd imparfait du subjonctif déploie avec une assurance royale, au milieu de cette page lue au hasard, de cette phrase lisse et serrée, la gaucherie de sa désinence énorme. Mais il est plutôt , ce subjonctif aux finales raides et surchargées que le mouvement vif et souple de la phrase soulève sans effort, pareil à la traîne chamarrée d'une pesante robe de brocart qu'un petit pied nerveux rejette, tandis qu'une fine tête poudrée s'incline cérémonieusement et se redresse avec une courtoisie hautaine. Révérence à laquelle toute personne bien née, aussitôt, tout naturellement répond par un profond salut".
C'est quand même autre chose.