dimanche 27 décembre 2009

Regarder à droite et à gauche avant de traverser

L'homme de droite vu par un homme de gauche
Le droitier se considère moins comme un individu original que comme membre d'une communauté (patrie, ethnique ou  religieuse). Elle et son histoire forment la base à partir de laquelle il mesure à sa juste valeur l'inertie des mentalités, ou identifie les fondamentaux de nos sociétés qui en font les repères. Il trouve des accents pour disserter des immanents de notre nature, de la beauté des ordres anciens.

Cependant, les affres de la simplification froissent le droitier : la communauté à laquelle il appartient n'est jamais exactement celle qu'il imaginait. Il se trompe de mots à chaque fois qu'il s'agit de désigner qui en fait partie et qui n'en fait pas partie. Qu'importe ! Lui sait, il sait sur qui il peut compter, il peut nommer ses ennemis et, bien souvent, la connaissance qu'il a de la France est pour lui une force. Il découvre alors des trésors de conviction quand il s'adosse à sa "communauté" pour communiquer en son nom. Cette démonstration ne va pas sans les débordements propres à ceux qui dans l'exercice de leur pouvoir peuvent mal doser le trait, qui dans la décontraction d'un geste un peu appuyé débordent accidentellement du contour fixé : c'est l'occasion d'une petite phrase clivante, d'une petite stigmatisation. Le droitier considère à ce titre que cette régression s'apparente à une pulsion animale qu'il faut purger de temps à autre (guerre, viol, danse des canards). Elle vient opérer en une sorte de compensation à tous ces efforts de constructions et de luttes menées en commun. Du reste, le droitier est confiant : l'Homme n'est certainement pas ce monstre qui inhumain qui omettrait de se sauver lui-même. Il a confiance en Lui, sa propre noblesse ou celle de sa communauté réussissant toujours à faire surface et à s'imposer en cas de nécessité absolue. Mais l'éventualité de ce sauvetage en cas de dérive de notre société ne serait pas nécessaire si j'oubliais de mentionner où se trouve l'intérêt du droitier ce vers quoi tendent la majorité de ses efforts, ou si l'on veut , que le plus mauvais procès à lui intenter serait de le soupçonner d'oublier son intérêt personnel dans ses suffrages.

Finalement, le droitier est optimiste : même s'il n'est pas très riche aujourd'hui, il le sera demain, et il peut d'ores et déjà agir sur la base de cet acquis, en défendant les valeurs (sanctualisation de la propriété, le travail et les risques mènent immanquablement à la richesse) , toutes valeurs qui lui seront utiles dans l'avenir, et qui asseyent son rêve d'aujourd'hui. Mais qui démontrera ici que le « sens de l'histoire » a appauvri le monde occidental ?


L'homme de gauche vu par un homme de droite
Paradoxalement, le gaucher est un individualiste qui s'ignore. Il prétend penser par lui-même et trouver des solutions nouvelles aux problèmes anciens. Il s'échauffe tout seul, analyse, conçoit : c'est lui qui a inventé le communisme. Son orgueil lui refuse d'accepter des plages de régressions ou de simplicité, et souvent il travaille ses analyses. Le gaucher n'est pas drôle. Il arrive à certains d'être de brillants esprits, mais comme trop souvent ils ignorent le style, ils ne profitent jamais complètement de la stature à laquelle il pourraient prétendre. 

Le gaucher croit pouvoir embrasser la complexité du monde à lui seul. L'injustice lui donne l'énergie de la protestation et – bizarrement, mais ne serait-ce pas le but premier – son indignation le place au devant de la scène. 

Son entrain à bâtir de l'ingénierie sociale force parfois l'admiration, et prête à sourire. Le gaucher a analysé les problèmes sociaux avec beaucoup plus de sens critique et de profondeur que le droitier, qui c'est vrai, a du mal à se départir de l'origine de son point de vue, des aspects simplistes des prémisses de sa pensées, la prévalence de son versant animal menaçant toujours de l'emporter, toutes choses qui finissent par gâcher la qualité intellectuelle de ses interventions : le conservatisme présente plus de rides que de fards. Heureusement le gaucher et son orgueil connaissent un semblable emportement quand vient le moment d'évaluer la qualité ou l'efficacité de ses « solutions » sociales.

Il y a comme une enfance de l'esprit qui s'acharne à prendre le pouvoir contre les anciens qui relève bien plus de la crise d'adolescence que d'un système de réflexion. Le gaucher ignore son âge, les anciens, les lettres, son poids plume. 

Le gaucher a engendré le marxisme dont la qualité de l'analyse démontre avec brio sur quelles injustices les organisations humaines se bâtissent. Qui pourrait démontrer ici que le monde entier ne prend pas précisément la direction prévue par Marx ?

lundi 14 septembre 2009

Des animaux et des hommes

Une fois acculés ou menacés, de petits animaux peuvent s'attaquer à de plus gros ou de plus puissants qu'eux. Dans quelle mesure le fait que le produit du travail ne puisse aucunement rattraper l'importance des gains du capital ne constitue-t-il pas une menace susceptible de transformer l'homme en un animal acculé ?

Mais comme cette menace aurait dû s'exercer depuis ... au moins la révolution industrielle, on se rend compte combien l'homme respecte les animaux dominants de son troupeau, ou bien qu'il est plus apte à la doléance ou à la cécité qu'à la prise en main de son destin.

vendredi 11 septembre 2009

Un discours définit toujours un plan



Il en va d'un discours oral comme d'un écrit, ils se déroulent toujours de façon cursive, mais il est utile de pouvoir se les représenter comme un plan. Comme un drap tendu. La multiplicité des sens que portent les mots, leurs persistances dans nos mémoires à court terme, leurs échos sonores transforment le fil d'une pensée en une maille. Leurs interactions tissent des liens secrets parfois, et toujours particuliers selon les récepteurs.
Sur la surface de ce drap tendu, on glisse des mots comme autant de billes ou d'objets que le tissu accueillera, et dont la pesanteur imprimera, ici et là, une forme particulière à la trame. Un imparfait du subjonctif déposé au milieu d'un récit contemporain pèsera comme le rouge corallin d'une fleur de coquelicot au milieu d'un champ de blé. Ainsi une légère rupture, une incongruité lexicale pourront attirer l'attention du lecteur, même à son insu, pour débuter un autre discours, montrer d'autres images et former d'autres sens.



Ces excroissances ou ces rugosités sont donc autant de ferments pour les distorsions de sens, les contrepieds, l'incompréhension. Mais aussi déformés ou imagés qu'ils soient, c'est bien la forme de nos discours qui permettent leur mutation dans l'esprit de celui qui les reçoit, créant en cela une évolution, érigeant la potentialité d'une transmission nouvelle, porteuse d'une nouvelle vigueur ou d'une dégénérescence, aux hasards de nos auditeurs ou de nos lecteurs.

Ce à quoi, je rajoute que c'est grâce à Bart qui m'a fait lire dans "Les fruits d'or", de Nathalie Sarraute, que ces ides me sont venues. Citons la donc, c'est mieux :
"Comme ces grosses fleurs disséminées avec art qui dressent leurs pétales rigides et épais sur un gazon impeccablement tondu, soyeux et dru, un long et lourd imparfait du subjonctif déploie avec une assurance royale, au milieu de cette page lue au hasard, de cette phrase lisse et serrée, la gaucherie de sa désinence énorme. Mais il est plutôt , ce subjonctif aux finales raides et surchargées que le mouvement vif et souple de la phrase soulève sans effort, pareil à la traîne chamarrée d'une pesante robe de brocart qu'un petit pied nerveux rejette, tandis qu'une fine tête poudrée s'incline cérémonieusement et se redresse avec une courtoisie hautaine. Révérence à laquelle toute personne bien née, aussitôt, tout naturellement répond par un profond salut".
C'est quand même autre chose.