Adolescent, quand l’hebodmadaire arrivait à la maison, j’étais le premier à le lire. J’allais directement à la section cinéma. J’épluchais les synopsis et me désintéressais tout à fait de la critique. Avec un tel début, où pouvait-on aller ? Facile, j’avais dix solutions qui tenaient en une phrase chacune, qui toutes épuisaient l’histoire, à peine énoncées...et qu’importe, je passais au film suivant, ravi, émerveillé. Plus tard, j’épouserai la fiction, cette reine.
A cette époque, j’attrapais tout à la télévision. Le hasard d’un téléfilm programmé en milieu d’après midi éveilla de l’enthousiasme chez moi : je vérifiais distraitement ce que pouvait en dire telerama. Mais du bien, il en pensait du bien ! Divine surprise ! J’avais compris que c’était « bien », mais pas pourquoi ! Qu’à cela ne tienne, je me mis à réfléchir à la façon dont l’histoire avait été construite. C’était assez simple, j’y parvins. Par la suite, plus j’y réfléchissais, plus l’évidence, nous avions raison.
Je me mis donc à lire les critiques avec les synopsis. Il y avait des traces d’une méthode d’analyse qui permettait de voir « plus » de choses. La critique devint pour moi un objet d’idolâtrie, car elle montrait, elle apprenait, elle en savait plus que moi. Rassurante et utile, elle mettait à ma disposition ses mots pour d’autres films. Je devais bien avoir 20 ans alors et parfois, avec quelques tours de passe-passe élaborés pendant la projection , je pouvais dire à chaud tout et son contraire, et en public encore, avec cette inclination de juger plutôt que de valoriser, naturellement.
Viennent les tentatives d’émancipation, où on se confronte à la critique après avoir formé son avis, seul. Est-ce que je l’ai vraiment aimé ce film ? N’ai je pas soupiré en cours de séance et à quel moment déjà ? Est-ce que j’ai bien compris ? Bien compris…Ai-je bien épuisé la possibilité d’une métaphore politique, ou celle d’un conte philosophique. Est-ce que j’en sais assez pour tirer toutes les ficelles ? Ca m’a fait rire, mais est-ce que c’est farce, drôle, comique, potache, burlesque, vulgaire ?
Sur télérama, pour garder intact la surprise du scénario, je me bornais à regarder la note qui m’aidait à prendre la décision d’aller ou non voir le film, puis une fois revenu, je pouvais lire l’article entier, sans risquer d’en apprendre trop.
Il y eu un temps très long qui ne s’est pas terminé où j’ai pleuré au cinéma … mais il y avait les tire-larmes, et c’était alors torture de savoir si le film jouait oui ou non sur la corde sensible. S’il avait trop tiré sur la dite corde, il fallait le rejeter, le repousser, le vilipender.
Un jour par hasard, on va voir un film déconseillé, parce que la critique suffisamment honnête, avait dit du bien du film tout en le notant mal. Choses qu’on note aussi. telerama, de parti pris ? Différentes signatures ? Tirant sur le fil, sont venus les films que j’aimais aussi et que telerama avait escamotés et mal notés, et peut-être aussi les films utiles à certains moments de la journée ou de la semaine, le divertissement utile quoi !
Puis, ni le scénario, ni le synopsis ne devaient plus être lus, les notes étaient consultées mais décryptées à travers la grille d’apréciation supposée du journal à savoir le thème du film, sa thèse, son réalisateur. C’est la défiance.
Au stade suivant, c’est l’indifférence.
Le destin fait que vous rencontrez une ex journaliste de telerama, tout à fait traumatisée de son passage au journal, dénonçant à demi-mot un certain terrorisme intellectuel.
Alors ?
Je suis toujours abonné à telerama, je ne vais plus tellement au cinéma et je n’ai pas la télé. Il a sa place sur la table basse, comme un vieil animal familier, un peu encombrant mais jamais je ne m’en débarrasserai : et si maintenant je vote à droite que me restera-t-il dans quelques années ?
dimanche 4 mars 2007
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